L'histoire commence à Béziers, un 13 aout 1983. Plutot à la date précise ou Max Tastavy et Christian Gonzales avaient engagé, parmi les trois toreros de la novillada, un jeune inconnu de Chiclana, Emilio Oliva. Les novillos, eux, venaient du Portugal : élevage Ortigao Costa. Au matin de la novillada, nul ne pouvait penser aux suites bienheureuses qu'allait générer un stupide coup de corne.
Emilio Oliva donnait le quite après la pique, à son deuxième novillo, lorsque celui-ci lui infligea un coup de corne dans la cuisse droite. Précisément dans le haut, à la face interne. L'aspect visible de la blessure, comme cela peut arriver, ne paraissait pas gravissime. Le docteur Jubier a justement pensé qu'il fallait explorer la cornada. Il s'avéra, finalement traitée à l'hopital, que la trajectoire atteignait vingt centimètres parvenant à l'os du pubis. Excellent réflexe du chirurgien qui, rapidement, "mis la plaie à plat" nettoyée de toutes les esquilles de corne, particules de terre, etc. Le Chiclanero demeura, comme cela est courant chez les toreros, seulement vingt-quatre heures hospitalisé.
C'était sans compter sur Jean Monestier, aficionado, infirmier à l'hopital qui, poussé par la passion, assistait toujours le docteur Jubier au service médical des arènes. Sitot la corrida terminée, il se rendit auprès du jeune torero. Il s'avéra un interprète précieux. Parlant couramment l'espagnol, il expliqua, rassura, veilla la nuit durant, et dès le lendemain, s'activa à régler au mieux les démarches. Efficace jusqu'au bout, il assura le voyage en ambulance via la capitale catalane, et même le billet d'avion Barcelone-Seville. Moral, sécurité et confiance retrouvés grace a ce garçon providentiel, Emilio Oliva quittait Béziers allongé dans l'ambulance avec son vallet d'épée, sans se douter lui aussi de la suite des choses.
Au revoir chaleureux, et surtout cette petite phrase qui allait tout précipiter : "Si tu veux descendre en Espagne, tu peux venir." "Tu habites ou?" "A Chiclana." "C'est où Chiclana?" "Environ à 1500km, en Andalousie, près de San Fernando, a 16km de Cadix." "Ton adresse a Chiclana?" "Ce n'est pas la peine, dès que tu arrives, tu me demandes."
Quinze jours, trois semaines passent, le garçon biterrois, subjugué par cette rencontre et l'amitié naissante, sous le prétexte de quelques jours de congés, avec son épouse, traversera l'Espagne en deux jours pour arriver, après vingt heures de route, un peu intimidé mais dévoré par le bonheur, en Andalousie. Ce qu'il ignorait c'était la notoriété du père lui aussi Emilio, ancien matador de toros. La plaque en laiton, sur la maison de la calle Vega, était en fait la sienne, le fils suit dans la dynastie torera, également les autres garçons.
Il va d'abord "chez Ramon", bar mitoyen pour savourer la bière de l'attente. Ramon savait déjà : "Usted es Juan de Francia? Este que a curado a Emilio" (vous étes Jean de France? Celui qui a soigné Emilio?) Prévenu, Emilio, son père et l'un de ses frères apparaissent dans l'entrée. Huit jours reçus comme le font les Espagnols dans cette chaleureuse et extraordinaire famille de sept enfants, cinq garçons (quatres toreros) et deux filles. Huit jours paradisiaques, visite de fincas, découverte par notre infirmier des premiers élevages de toros bravos. La générosité et l'hospitalité biterroise est rendue, ils deviennent des amis. La magistrale beauté de l'Andalousie, cette unique terre à toros, se chargera du reste.
Rentré a Béziers, il transmettra ses émotions à Pierre Augé, aficionado et ami de toujours. Il n'en faudra pas plus pour qu'ils repartent avec femmes et enfants, en fait il s'agissait involontairement du premier acte de jumelage? Campo, soirées flamencas, les deux compères reviennent "déboussolés" par toute ces visions. Ils racontent aux copains attentif, ils pensent a un axe festif. D'autres adhèrent : Jean Pierre Albouy, qui devait devenir et demeurer l'homme de toutes les actions, doublé d'un photographe de talent. Michel Radiu, Richard Llena, Alain Roucayrol, Hélène Roques (incontournable secrétaire de la peña), bref, en 1984, la peña Emilio Oliva est née. Antoine Martinez en assure actuellement la présidence.
La carrière du torero suivra son cours, en 1985, prise d'alternative au Puerto de Santa Maria le 19 mars, quinze irréductibles feront le déplacement.
Il faut mesurer combien la pulsion fraternelle de Jean Monestier généra d'évènements culturels et amicaux. Depuis bientot 20 ans, la peña organise réguliérement des voyages dans les différents élevages, tant en Espagne qu'au Portugal. Béziers est maintenant jumelée avec Chiclana, l'officialisation de la chose a encore créé des liens. Le cheminement est beau, de plus il sera toujours embelli par cette profonde amitié qui naissait lentement, mais définitivement, lorsque resté sur le trottoir devant l'hopital, un matin d'aout 1983 un jeune infirmier regardait partir l'ambulance qui emportant "son" torero.
La peña Emilio & Abel Oliva compte de nos jours environs 200 membres.
Extrait Midi Libre du mercredi 20/12/95, par G.C. |